1 L – L’évolution du personnage romanesque

Posté le 16 avril 2008

 Cet article est à lire dans la continuité de ce qui a été vu dans le « petit historique du roman ». Il vous apportera quelques précisions sur l’évolution du personnage (enfin…tout est dans le titre quoi!). Lisez, bien sûr, les textes de références dans votre manuel (si vous êtes en forme, essayez même de traiter la question par vous même…cela vous laissera un souvenir plus intense qu’une lecture passive…et en plus, vous pourrez même avoir le plaisr d’être en désaccord avec moi).

L’évolution du personnage romanesque:

in manuel pp. 106-107, 114-115, 122, 124-125

Que reflètent ces quatre textes de l’évolution du personnage romanesque?

La Princesse de Clèves, roman classique du XVIIe siècle, le Rouge et le Noir, qui nous peint l’itinéraire de Julien Sorel au beau milieu de la société du XIXe, Du côté de chez Swann, dandy de la Belle-époque, et La jalousie, nouveau roman d’Alain Robbe-Grillet publié en 1957: ces quatre textes compose un corpus suffisamment étoffé pour rendre compte de l’évolution du personnage romanesque à travers les âges.

Un aspect de cette évolution nous frappe d’emblée: la lente déconstruction, voire destruction de la figure du héros romanesque. Ainsi, le coup de foudre de la princesse de Clèves et du duc de Nemours est-il brillamment orchestré par Mme de La Fayette, qui ne ménage aucun procédé pour donner à ses personnages les traits de la splendeurs: en effet, l’insistance sur l’admiration réciproque que se portent les deux personnages à travers un vocabulaire systématiquement mélioratif et l’effet de surprise, de stupeur, de stupéfaction qui saisit les deux personnages construit un double portrait, comme en miroir, où la noblesse d’âme se lit dans la beauté des traits. Le texte de Stendhal lui aussi, nous présente le personnage de Julien à travers l’étonnement de Mme de Rénal, surprise de la beauté singulière du jeune précepteur: mais il y a dans ce portrait quelque chose de moins lisse, de moins plein que dans le texte précédent; les qualités de Julien sont moins celle d’un héros flamboyant qui impressionne, mais celles d’un enfant, presque « une jeune fille déguisée », donc dépourvu des attributs « virils », du charisme d’un personnage comme le duc de Nemours. Le personnage de Charles Swann lui, apparaît d’emblée comme particulièrement tortueux: son portrait semble pénétrer les rouages de la psychologie, faisant l’aveu de préoccupations bien peu « chevaleresques »: en effet, celui-ci se voit préoccupé, inquiet même de son apparence, du qu’en dira-t-on, sorte de figure inversée du duc de Nemours, dont justement l’apparence reflétait la noblesse d’âme. Enfin le rapport qui lie les personnages dans la Jalousie de Robbe-Grillet semble détruire la figure traditionnelle du héros: nos personnages forment une sorte d’étrange ménage à trois dans lequel un mari observe par le détail, rongé par la jalousie, un homme séduire sa femme.

Cette déconstruction du personnage passe par une inflation du psychologique sur le physique: en effet, l’on peut encore trouver quelques affinités entre les deux premiers textes, dans la mesure où la description physique des personnages apparaît première, et que leur psychologie, quoique présente (on lit sans difficulté les considérations de Mme de Rénal), est plus « simpliste ». Au contraire, dans le texte de Proust, la psychologie du personnage de Swann est minutieuse, nous est décrites sous ses moindres aspects, fussent-ils futiles, au point de nous révéler que la grande hantise du héros n’est pas seulement de paraître d’être méprisé par un « inférieur ». Dans le cas du roman de Robbe-Grillet, les personnages nous demeure physiquement particulièrement opaques: réduits à un simple prénom, voire une initiale (A…) voir un simple regard qui décrit, ils sont aussi réduits à quelques mouvements, regards, clins d’oeils, qui suffisent à porter l’intrigue, mais semblent comme dépersonnalisés; les règles du portrait physique et psychologique semblent ici avoir volé en éclat.

Autre caractéristique intéressante, c’est l’aspect social, sociologique de ces portraits, ce qu’ils traduisent de l’air du temps: dans la Princesse de Clèves, roman classique, nous retrouvons les valeurs propres à l’esthétique de ce temps: portrait glorieux, pudeur et bienséance, équilibre dans le rapport de classe, noblesse de rang en harmonie avec la noblesse de coeur et la beauté; le texte de Stendhal commence a faire tressaillir ces valeurs, qui met en scène un homme modeste dont déjà va s’éprendre une femme de la noblesse (La révolution française est passée par là)…Les personnages de Proust, incarnés ici par Charles Swann, sont d’anciens nobles ou des bourgeois, encore très soucieux des apparences, mais un peu ridicules, qui semblent s’attacher à une bienséance disparue; enfin, dans la Jalousie, la question sociale n’apparait pas, et a laissé la place, dans cet univers aisé, au pur jeu des sentiments.

On pourrait également s’arrêter sur la question des points de vue: omniscient dans la Princesse de Clèves, il permet de créer un véritable tableau où aux personnages de premier plan, fait écho un arrière plan riche et animé (« Le roi et les reines se souvinrent qu’ils ne s’étaient jamais vus et trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaître »); chez Stendhal comme chez Proust, le point de vue est interne aux personnages, ce qui rend la situation particulièrement intimiste: chez Stendhal, il s’agit du ressenti de Mme de Rénal dans son face à face avec Julien; et de manière encore plus prononcée chez Proust, dans la mesure où le personnage s’y retrouve comme seul en lui-même face analysant son rapport au monde. Enfin, Robbe-Grillet traduit le sentiment de jalousie à travers un point de vue externe, semblant suggéré un personnage voyant le monde se dérouler sous ses yeux mais ne pouvant y pénétrer.

Dernière remarque, mais non des moindres, qui, elle plaide en faveur d’un rapprochement entre nos trois textes, un thème commun: l’amour. En effet, nos quatre textes montrent des personnages jetés dans une relation d’attirance, de désir ou de passion. La Princesse de Clèves et le Rouge et le Noir nous décrivent un coup de foudre, réciproque pour le premier, La jalousie tente à capter le détail de la douleur amoureuse; quant au personnage de Swann, son amour pour Odette de Crécy est pour lui l’occasion d’analyser la manière dont ce sentiment se traduit chez lui, et, plus généralement dont il met en jeu l’amour-propre des hommes.

En ce sens, le héros de roman quoique pluriel, se distingue du héros de l’épopée: perméable au sentiment, il est d’emblée beaucoup plus fragile, et peut-être plus fidèle à l’homme réel et à ses interrogations. En ce sens, il n’est pas étonnant de constater son « affaissement » au cours des siècle, à la fois parce qu’il suit les bouleversements sociaux, mais aussi parce qu’il se rapproche au plus près de l’intimité humaine.

2 commentaires pour « 1 L – L’évolution du personnage romanesque »

  1.  
    Julie et Marine
    18 avril, 2008 | 19:23
     

    Bonjour Monsieur ,
    Nous voulions savoir comment doivent faire les élèves qui n’ont pas internet (tel que Marine où encore Leila) pour faire ce devoir ??
    Merci .
    Au revoir et bonne soirée .

  2.  
    18 avril, 2008 | 20:59
     

    Chères Julie et Marine, et Leila,

    Voilà une excellente question. La réponse est toute simple! Si vous n’avez pas internet, rendez moi ça à la rentrée. De toutes façons, nous sommes bien obligés de faire avec les moyens du bord.

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